Chapitre I : La vague

Déjà balancé par une brise câline, ce brin d’herbe oscille un peu plus après l’envol d’une coccinelle partie regarder son univers d’en haut, un vol silencieux de cette nature habillée aux couleurs de l’été. Posés sur un relief de pentes et de calmes, quelques champs en culture ondoient leur souplesse aux alentours de ce village, des vagues toutes en nuances s’offrent en encrier pour des plumes accrochées aux lignes de l’instant. Au visage de cette nature s’ajoute une rivière bosselée par les cailloux de son lit, une eau aérée par de petites chutes, une eau moins tortueuse entre les berges aménagées de ce village soigneux de son architecture à pierres bâties, de ses charpentes ouvragées, du rebord de fenêtres aux cascades de fleurs assorties à la peinture de leurs volets, de ses rues fidèles au passé ; le décor de Douvier sert de canapé. De ses recoins à la grand-place défilent des pages d’histoires écrites, peintes, sculptées, pour continuer d’harmoniser ce qui est d’aujourd’hui, même sa zone industrielle a ses abords colorés par des champs cultivés.

L’ombre commence à manquer dans cette rue qui regarde le sud. Ce trottoir encore un peu au frais à la préférence des quelques habitants libérés dès midi trente des coups de fourchettes du dîner, de doux voyageurs de repos qui pressent le pas pour poser leurs corps sous l’épaisseur feuillue des arbres ; sur ces bancs face à cette place qui donne au vent ce souffle suffisant pour transporter des gouttelettes arrachées aux jeux d’eau de la fontaine ; un embrun de fraîcheur pour des visages placés au vent ; une main tendre de la nature, si soporifique qu’elle emmène les regards jusqu’à ce nouvel embrun, si soporifique qu’elle devient le savoureux d’une pause suspendue… Un voyage un instant désamorcé par le claquement du portillon de la gendarmerie qui s’est refermé après le passage de deux gendarmes, partis pour une ronde à pied, vers ?

Les ombres allongées s’estompent, l’après-midi a fini par donner ses clefs ; la journée pose sa tête sur l’oreiller.

* * *

Gendarmerie de Douvier

Dimanche 8 juillet 1990 à 1h 40

Le vent léger rythme de son souffle les feuillages de cette place, une chorégraphie désordonnée qui s’aère, se referme, colore ses mouvements à la lumière de l’éclairage public, un cliché de la nature observé depuis le silence de ce bureau.

L’adjudant-major s’est enraciné muet derrière l’une des vitres de la fenêtre, son regard guette les points lointains de cette place, ces rues possibles où des phares attendus peuvent arriver, une obsession qu’il abandonne souvent pour celle de ces sept gendarmes, qui encaissent, assis, l’événement de la journée ; un mauvais tour qui laisse leurs têtes sans gare.

Les autres chapitres :

II : Après la vague       III : L'onde de la vague       IV : Noémie       V : Avec ses ancres, Noémie...

VI : La porte au Chut !       VII : La butte de l'horizon ( La butte de l’horizon  -  Là, les Buhos  -  Les Buhos  -  Les jeux d'accès  -  Où ? )       VIII : Impossibe !

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